Souvent, lors des rencontres avec mes lecteurs on me pose la question:
Vous avez écrit combien de livres?
En général je cale. Que répondre? Il y a les livres que j'ai en cours, ceux qui sont publiés, ceux qui sont épuisés (Pauvre livre exténué, à bout de souffle, laissé mourant au bord de la route par un éditeur indifférent ou soucieux de gestion de stocks) et puis, il y a les manuscrits du tiroir.
J'en ai quelques uns.
Quand je pense à ces derniers, c'est avec un sentiment de culpabilité. Je n'ai pas réussi à les faire publier. ils ont été rejeté plus ou moins durement par plusieurs éditeurs. Je les ai travaillé et retravaillé jusqu'à ce qu'ils n'aient pas plus de saveur en bouche qu'un vieux bout de steak remaché. En vain.
Et puis, je les ai abandonnés. S'ils n'avaient pas eu de vie propre, au moins ils m'avaient appris à écrire.
Voilà quelques jours que l'envie m'est venue de relire un vieux manuscrit fini il y a longtemps, et dont le thème continue de me hanter.
Car cela fait partie des merveilles de l'écriture. Parfois, un texte abandonné réclame que l'on revienne à lui. Tout vous le rappelle, de façon insistante: des documentaires télé sur le thème, des émissions radios, un bouquin qui vous tombe sous les yeux en bibliothèque... L'histoire réclame son dû, les personnages vous tirent par les pieds. Il faut s'y remettre.
Appelons ce manuscrit LDE, du nom de son fichier Word.
LDE, c'était la première fois que je menais à terme un "vrai " roman. La première fois que je me laissais surprendre par la volonté des personnages à diriger leur propre destin malgré mes réticences d'auteur. La première fois que je me posais la question de l'efficacité d'une description, la première fois que l'histoire se déployait chatoyante jusqu'à sa résolution.
Chatoyante?
Trop chatoyante.
Des descriptions longues, impeccablement écrites, chaque nom flanqué de son adjectif, voire de deux, des adverbes pointilleux, des dialogues interminables, des monologues tunnels, l'autobiographie perçant, indécente derrière chacun de mes mots.
Oui, j'ai appris.
Et je me souviens de ma détresse, il y a quinze ans devant les lettres de refus des éditeurs. Et je comprends, à présent, ces refus. Le texte n'était pas publiable. Trop long, trop lent, trop écrit.
Mais l'histoire, bordel, derrière le maquillage de la supposée belle littérature, elle se tient! Elle est toujours vivante!
Du coup, je prends mon sécateur virtuel, et j'élague. Je cisaille des branches entières de récit mort, je nettoie toutes ces brindilles inutiles de considérations personnelles, je brûle les feuilles mortes en grand tas d'adjectifs trop choisis. Je dégage la forme de l'intrigue j'ajoute un peu d'engrais, je bouscule les personnages, introduis des fausses pistes. Ma foi, déjà cent pages traitées, et le roman a meilleure allure.
Et je pense à tous ces apprentis écrivains qui se lamentent ou s'aigrissent devant les refus d'éditeurs. Copinage, incompétence, paresse, insensibilité etc. Je leur souhaite de relire leurs vieux textes dix ans plus tard et de mesurer le chemin parcouru.
Et de se souvenir que le lecteur a toujours raison, et encore plus lorsque c'est un pro.
Je connais des éditeurs insensibles, grossiers, cruels, mercantiles... Mais s'ils laissent échapper parfois de bons manuscrits, ils savent reconnaitre un mauvais texte.
Alors, on arrête de chouiner. Courage et au boulot.
Vous avez écrit combien de livres?
En général je cale. Que répondre? Il y a les livres que j'ai en cours, ceux qui sont publiés, ceux qui sont épuisés (Pauvre livre exténué, à bout de souffle, laissé mourant au bord de la route par un éditeur indifférent ou soucieux de gestion de stocks) et puis, il y a les manuscrits du tiroir.
J'en ai quelques uns.
Quand je pense à ces derniers, c'est avec un sentiment de culpabilité. Je n'ai pas réussi à les faire publier. ils ont été rejeté plus ou moins durement par plusieurs éditeurs. Je les ai travaillé et retravaillé jusqu'à ce qu'ils n'aient pas plus de saveur en bouche qu'un vieux bout de steak remaché. En vain.
Et puis, je les ai abandonnés. S'ils n'avaient pas eu de vie propre, au moins ils m'avaient appris à écrire.
Voilà quelques jours que l'envie m'est venue de relire un vieux manuscrit fini il y a longtemps, et dont le thème continue de me hanter.
Car cela fait partie des merveilles de l'écriture. Parfois, un texte abandonné réclame que l'on revienne à lui. Tout vous le rappelle, de façon insistante: des documentaires télé sur le thème, des émissions radios, un bouquin qui vous tombe sous les yeux en bibliothèque... L'histoire réclame son dû, les personnages vous tirent par les pieds. Il faut s'y remettre.
Appelons ce manuscrit LDE, du nom de son fichier Word.
LDE, c'était la première fois que je menais à terme un "vrai " roman. La première fois que je me laissais surprendre par la volonté des personnages à diriger leur propre destin malgré mes réticences d'auteur. La première fois que je me posais la question de l'efficacité d'une description, la première fois que l'histoire se déployait chatoyante jusqu'à sa résolution.
Chatoyante?
Trop chatoyante.
Des descriptions longues, impeccablement écrites, chaque nom flanqué de son adjectif, voire de deux, des adverbes pointilleux, des dialogues interminables, des monologues tunnels, l'autobiographie perçant, indécente derrière chacun de mes mots.
Oui, j'ai appris.
Et je me souviens de ma détresse, il y a quinze ans devant les lettres de refus des éditeurs. Et je comprends, à présent, ces refus. Le texte n'était pas publiable. Trop long, trop lent, trop écrit.
Mais l'histoire, bordel, derrière le maquillage de la supposée belle littérature, elle se tient! Elle est toujours vivante!
Du coup, je prends mon sécateur virtuel, et j'élague. Je cisaille des branches entières de récit mort, je nettoie toutes ces brindilles inutiles de considérations personnelles, je brûle les feuilles mortes en grand tas d'adjectifs trop choisis. Je dégage la forme de l'intrigue j'ajoute un peu d'engrais, je bouscule les personnages, introduis des fausses pistes. Ma foi, déjà cent pages traitées, et le roman a meilleure allure.
Et je pense à tous ces apprentis écrivains qui se lamentent ou s'aigrissent devant les refus d'éditeurs. Copinage, incompétence, paresse, insensibilité etc. Je leur souhaite de relire leurs vieux textes dix ans plus tard et de mesurer le chemin parcouru.
Et de se souvenir que le lecteur a toujours raison, et encore plus lorsque c'est un pro.
Je connais des éditeurs insensibles, grossiers, cruels, mercantiles... Mais s'ils laissent échapper parfois de bons manuscrits, ils savent reconnaitre un mauvais texte.
Alors, on arrête de chouiner. Courage et au boulot.


