
Souvent, lors des rencontres dans les classes, une main se lève, et une bouille mi contrite mi frondeuse laisse tomber ces mots :
"Moi, m'dame, je n'aime pas lire".
Dans l'assistance, un remous, un silence anxieux. La prof prend un air gêné "Kévin, voyons", ou bien tente à mon adresse un sourire complice : "Ah vous voyez ce qu'on vit".
Moi, je me sens désarmée. Ils attendent que je dise quelque chose. Alors, j'énonce la première règle d'or des droits imprescriptibles du lecteur de Pennac :
Tu as le droit.
Ok, ok. Mais ne pas aimer lire, quel dommage. Tu vas te priver de ces petits mots dansants sur les pages blanches qui t'entrainent vers des terres inconnues, renoncer à vibrer avec Pablo, à lutter avec Scarlett, à rire et jardiner sur la planète du Petit Prince. Soit, tu n'auras pas ça. La télé remplace, mais...
Pour moi, vois-tu, ne pas aimer lire reviens à ne pas respirer, ne pas se nourrir, à survivre dans un univers muet ou aucune compréhension de l'autre n'est possible, puisque la curiosité a fui.
Oui, c'est dur de rentrer dans ce paysage que la magie des mots impose à notre esprit. Ces images qui naissent, ce vocabulaire inconnu, parfois. Cette abstraction nous aspire comme dans un gouffre peuplé de personnages qui n'existaient pas avant que notre regard s'engage sur les quelques lignes qui les décrivent. Et nous voilà émus, anxieux ou emplis de rêves d'amour. Chamboulés quoi.
Mais se plonger dans la lecture d'un roman, c'est s'abandonner, s'immerger, pas se noyer. Puis émerger, ravi, la tête pleine de sons et de couleurs, avec des mots jolis comme des poissons scintillants, des pensées, des savoirs, des envies de partager:
"Tiens, lis ce livre, c'est cool".
Tu verras!
Quel bel honneur à la curiosité et au plaisir, à appliquer à tous âges et aussi dans toutes situations , merci
RépondreSupprimerMartine