Mercredi 4 janvier sort La Minute papillon, la compil 3 des Blue Cerises. L'occasion pour moi de revenir sur cette belle aventure d'écriture à quatre voix.Quand on me demande d'expliquer le concept de la série, en général je bafouille, "Ben voilà y a quatre auteurs, qui ont inventé quatre personnages d'ados, ces ados se connaissent et ils vivent des moments ensemble... et aussi ils ont chacun leur vie, quoi, et chacun leur récit..."
Pff c'est dur ! Il faut entrer dans l'univers des blue Cerises pour comprendre ce truc incroyable, inédit, que jamais personne avant nous n'avait osé : s'emparer du personnage d'un autre écrivain et lui faire faire des choses dans les ellipses du récit ménagées par son auteur.
Le cinquième pote des blue Cerises, c'est le lecteur. C'est lui qui sait tout ce qui se passe quand nos personnages se quittent et vont chacun de leur côté, c'est lui qui partage les réflexions de Violette sur Amos, ou bien l'attirance de Satya pour la mystérieuse Indiana. c'est lui qui sait que Zik est belle quand elle est vue par Satya, alors qu'elle se sent moche et rageuse.
Ben quoi, me direz-vous: c'est bien ce qui se produit dans les romans qui mettent en scène un narrateur omniscient, non ?
Sauf que là, il y a quatre auteurs, donc quatre créativités, quatre styles, quatre inconscients qui font bouger les personnages, et l'histoire, au gré de ce magnifique jeu littéraire.
Car il s'agit bien d'un jeu, qui nous a décidé à corser l'affaire dans la saison 3. "Hop, ça serait bien si les blue Cerises participaient au même réveillon!" a lancé l'un d'entre nous. Unité de lieu, unité de temps, et attention de ne pas lasser le lecteur, ni de le perdre dans des redites.
Il a fallu jouer avec les personnages secondaires, les musiques, les déguisements, pour que le lecteur se sente convié à la fête, et qu'il partage les états d'âme de chacun de nos héros, les brusques revirements qui peuvent se produire dans une soirée, les joies fulgurantes, les chagrins aigus, les révoltes et les peurs.
Violette inquiète et exaltée, Amos ivre et tourmentée, Zik solitaire et Satya distant.
Mais comment faisons-nous pour accorder nos violons?
L'auteur qui écrit en premier a le choix du lieu, du cadre. Il décide aussi, implicitement des scènes que l'on retrouvera dans les quatre nouvelles.
Puis, un autre auteur prend le relais et se faufile dans les interstices pour bâtir son propre récit, après avoir lu le premier texte. Viens le troisième qui prend un malin plaisir à bousculer le fragile édifice par de nouvelles interrogations. ... Quant au quatrième, il lui faut s'adapter aux diverses contraintes et petits pièges semés par ses prédécesseurs pour tricoter son histoire.
Ensuite, nous fignolons, nous corrigeons les petites incohérences, nous semons des indices...
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la quatrième place n'est pas la pire, car comme le disaient les membres de l'OULIPO, la contrainte libère, et c'est follement amusant de se glisser dans le récit des autres pour s'emparer de menus détails et en faire le ressort principal de son propre texte.
Un exemple? C'est parce que Satya dans la compil 2 remplaçait David dans son job au marché que je me suis demandé: Pourquoi David avait-il besoin de sa matinée ?
Et la réponse m'est venue fulgurante: David voulait retrouver Zik, pardi !
Hé hé...
Vous allez voir ce que vous allez voir, dans la compil 3, une vraie partie de ping-pong entre auteurs, et je ne vous parle pas de Lune Bleue, le tome 4 des blue Cerises qui paraîtra le 1er février!
Où vous découvrirez pourquoi Amos fait du vélo place de la Concorde en teeshirt, une nuit de janvier, comment Zik et Violette se réconcilient autour d'un grand projet et surtout...
vous saurez tout sur Olivia.
Et moi, je dis merci à mes compères, Cécile Roumiguière, Sigrid Baffert et Jean-Michel Payet pour ces bonheurs partagés...
Amos, Satya, Violette ! Zik vous attend sur son toit...
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